Le jour où Luther a dit non

Est-on jamais assez curieux pour dépasser les idées reçues ? Le livre de Anne Soupa est une belle introduction à la personnalité de Luther et au contexte historique et politique de l’époque. Se commémorer le 500ème anniversaire du « non » peut être l’occasion de redécouvrir ce vent de liberté et nous ouvrir à l’œcuménisme. La réforme n’avait-elle pas changé l’Allemagne, l’Europe et le monde.

Martin Luther est un érudit, ami d’Erasme. Il aime son Eglise et est attaché au message divin. Ses thèses affichées aux portes de l’église de Wittenberg sont sans équivoque : pas de marchandage avec Dieu pour effacer nos péchés. La question est complexe car économie et politique s’en mêlent : le Pape, l’Empereur et les Princes de la Diète ont besoin d’argent. Il faut donc mettre au ban ce moine qui dérange. Lors de la rencontre d’Augsbourg, le légat du Pape exige l’obéissance absolue. Luther doit se rétracter au risque d’être excommunié ou finir comme Savonarole.

L’art d’Anne Soupa est de mettre sa plume romanesque au service de l’histoire, en rendant celle-ci vivante et accessible. Le suspense est maintenu jusqu’à l’inévitable rupture. La conscience personnelle, le cœur de l’homme et sa vie avec Dieu, l’Eucharistie pour tous sont les leitmotivs de Martin : « Ta foi t’a sauvé ». La vie la plus austère, même monastique, a peu de poids sans la miséricorde divine. La question des indulgences sera corrigée par la prise en considération des revendications de Luther lors de la Contre Réforme et lors du Concile de Trente. Elle ne justifiait pas un schisme !

La vie de Luther sera loin d’être un long fleuve tranquille : il faudra assurer sa protection face à Charles Quint qui le bannit. Ses relations avec Erasme et Calvin deviendront conflictuelles. Par ailleurs, il reste un travailleur infatigable à qui nous devrons la traduction de la Bible en allemand, chef d’œuvre objet d’ une référence absolue.

A travers ce livre, Anne Soupa oblige à repenser notre époque, à actualiser notre regard sur les évènements vécus par notre Eglise, jusqu’à ces dernières années. Le dernier mot revient au Pape François : « L’intention de Martin Luther était de renouveler l’Eglise et non de la diviser »

Raymond Leleux

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