La jeunesse musulmane face au discours de la haine

Compte-rendu de la conférence donnée par Hicham Abdel Gawad à Bruxelles dans le cadre du mouvement Les Baptisé(e)s-en-marche, ce 18 avril 2017.

D’ascendance à la fois égyptienne et maroco-algérienne, le conférencier est français et a vécu dans une famille qui pratiquait l’Islam traditionnel c-a-d un Islam bienveillant. Très vite cependant, vers 16 ou 17 ans, il se radicalise sous l’influence des livres salafistes que l’on trouve dans les librairies financées par l’Arabie saoudite, qui distribue 40 milliards pour répandre ses théories…
Après quelques années H. Abdel Gawad se rend compte que le Coran n’a pu être transmis mot à mot par Allah et il évolue dans ses recherches. Désireux de faire un Master en islamologie, il arrive en Belgique et est bien reçu par l’UCL. Plus tard il devient professeur de religion à Bruxelles.
Comment certains jeunes deviennent-ils salafistes ? Tout d’abord parce que les livres saoudiens sont très bon marché et présentent bien. Les Salafistes développent des discours où l’argument d’autorité est pratiqué intelligemment : un Dieu, donc une Révélation, et une Vérité. A chaque verset correspond une idée et ce système donne une illusion de sérieux. Les jeunes disent à leur père « Tu ne connais pas le vrai Islam ! » et certains ajoutent « L’Islam est attaqué donc les conditions du Jihad sont réunies ! »
Il faut développer auprès des adolescents une autre façon de penser, en les familiarisant avec l’exégèse (comme les Chrétiens ont appris à le faire). Ainsi le mot Jihad a-t-il deux significations : à la base ce mot signifie effort sur soi-même. Ensuite il a pris le sens de guerre sainte.
Il est aussi important de rappeler que la société du VIIe siècle en Arabie était très différente de notre XXIe siècle. Bien des injonctions du Coran s’expliquent lorsqu’on les remet dans leur contexte. Il faut distinguer ce qui est conceptuel de ce qui est circonstanciel de temps ou de lieu. Le rêve du Califat, par exemple, témoigne d’une nostalgie indéfendable.
Un professeur doit évidemment adapter son cours au niveau de ses élèves et deux heures de cours par semaine restent indispensables pour ce cheminement.
L’Islam est-il susceptible d’évoluer ? H. Abdel Gawad est pessimiste en ce qui concerne la France car il n’y a aucun cours de religion dans les écoles, contrairement à ce qui existe en Belgique. Aucun prof n’y a donc la possibilité de faire réfléchir les ados alors qu’en Belgique les cours sur les religions existent, dans un esprit de tolérance.

L.E. Lorent

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