Archives mensuelles : novembre 2017

Refonder l’Église – Appel de Joseph Moingt à tous les baptisé(e)s de France

Chers amis, lecteurs et auditeurs,

Refonder l’Église. — Le projet a de quoi donner le frisson à d’éminents gardiens du « dépôt de la foi ». Car l’Église n’est fondée que sur la foi, qui est la sienne depuis toujours. Nous en convenons tous ; mais pas sur la foi d’un passé depuis longtemps moribond, ni d’un « dépôt » cadenassé, sans voix ni visage. L’Église ne peut se fonder que sur la foi des baptisés. Pas de ceux, encore assez nombreux, qui peuplent la France mais ont cessé de croire et de pratiquer la foi. Seulement sur la foi des baptisés restés croyants, ardemment croyants et désireux que leur Église redevienne vivante : c’est la foi des fidèles qui est le vrai et sûr fondement de l’Église.

À condition qu’elle soit restée fidèle à celle du passé ? — Mais non, du moins ne faut-il pas le dire comme cela ! La fidélité au passé n’est souvent que le réemploi de formules et de rites : rien de vivant, rien de solide. La foi qui sera le sûr fondement de l’Église, c’est celle qui se sera attachée à repenser la foi du passé, car la vie de la foi est d’être pensée, et la foi d’aujourd’hui paraît chancelante dans la mesure où elle répète son passé à défaut de le repenser.

Repenser la foi. — La pensée ou le logos de la foi, c’est la théo-logie, science ou langage de la foi. Voici donc les baptisé(e)s de France mis en demeure de devenir théologien(ne)s ! Auquel des deux sens de ce mot ? Sans exclure le premier, car il y a déjà de nombreux laïcs théologiens professionnels, il me semble que la vocation des baptisés laïques soit plutôt de l’ordre d’un discours vivace : parler entre eux et autour d’eux un langage de foi, redonner du sens à la foi en la laissant parler dans le langage vivant des gens d’aujourd’hui, parler de ce qui les intéresse et surtout les inquiète, de leur vie personnelle, familiale ou professionnelle, des questions d’éthique, d’économie ou de politique dont tout le monde parle autour d’eux et qui peuvent avoir des répercussions sur leur métier, leur avenir ou leurs enfants. Il s’agira aussi de la foi elle-même, de questions auxquelles ils ont achoppé dans le passé, de réminiscences des années de catéchisme qui leur reviennent en mémoire comme autant d’empêchements à croire ; vous saurez y répondre en croyants qui ont éprouvé de semblables difficultés et appris à les surmonter, non par de savantes recherches, mais le plus souvent, en découvrant dans l’entretien avec d’autres croyants et dans une prière commune le vrai visage, paternel et fraternel, de Dieu et du Christ.
Dans une prière commune ? — Oui, c’est là seulement, dans la vérité de leurs relations mutuelles d’amitié que les chrétiens découvriront, à la lumière de l’Esprit Saint, le vrai visage de Dieu et de Jésus présents au milieu d’eux en tant que Père et Fils et nous aimant d’un même amour, paternel et fraternel. En d’autres termes, refonder l’Église exige de créer des communautés priantes et célébrantes dans lesquelles la foi des chrétiens se fera interrogative et attentive pour présenter à Dieu les questions des gens au milieu desquels ils vivent et qu’ils pourront d’ailleurs inviter à leurs célébrations, dépouillées du formalisme traditionnel.
Des célébrations non traditionnelles ? — J’entends déjà les protestations de
chrétiens autoproclamés gardiens du temple. Ce sera le nouveau baptême auquel vous devrez vous préparer.

Un nouveau baptême à recevoir ? — Oui, bien que déjà baptisé par Jean dans le
désert, Jésus, vers le milieu de sa mission, parlait d’un autre baptême qui l’attendait comme d’un feu qu’il était « venu apporter sur la terre » et avait hâte d’allumer, et il désignait ainsi les « divisions » familiales dont il serait cause (Luc 12, 49-53), et les cassures à venir dans les sociétés et entre peuples. Non qu’il recherchât la division, lui qui apportait la paix. Mais il savait que les peuples ne l’accepteraient pas avant d’avoir vidé leurs querelles entre eux, et c’est vers cet avenir pacifié que se portait son espoir.

Baptisé(e)s de France, le baptême dont vous vous réclamez est toujours devant vous, à recevoir comme nouveau, parce que l’histoire nous fait face, bruyante de menaces de guerre, toujours à recommencer. Alors, armez-vous de la patience de Jésus pour tisser autour de vous des liens de fraternité, toujours à renouer.

Joseph Moingt

Pape François : « Ce n’est pas au pasteur de dicter au laïc ce qu’il doit faire ou dire »

Dans une lettre publiée le 26 avril dernier, le Saint-Père a mis en garde contre le cléricalisme, appelant les pasteurs à « servir » les laïcs et non à « se servir » d’eux.

La lettre du pape François, adressée au cardinal Marc Ouellet, président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine, est datée du 19 mars mais a été diffusée par le Vatican le 26 avril dernier. Elle fait suite à une rencontre du Saint-Père avec les membres de ladite commission, réunie en assemblée plénière sur le thème « l’engagement indispensable des laïcs dans la vie publique ». Il leur parle de la « tentation » du cléricalisme qui « non seulement annule la personnalité des chrétiens, mais a tendance à diminuer et dévaloriser la grâce baptismale, mise par l’Esprit Saint dans le cœur de notre peuple. »

« Ce n’est pas au pasteur de dicter aux laïcs ce qu’ils doivent dire ou faire dans les divers domaines de la vie publique. « Ils le savent bien et mieux que nous », affirme le Pape dans sa lettre qui redéfinit le rôle et la mission du fidèle laïc dans un monde « plein de contradictions ». A ses côtés, le pasteur, appelé à « encourager, accompagner et stimuler » le fidèle en promouvant dans son cœur « la charité et la fraternité, le désir du bien, de vérité et de justice, sans jamais perdre de vue que le pasteur est pasteur de tout un peuple, et ce peuple il doit le servir de l’intérieur ».

Les laïcs protagonistes de l’Eglise et du monde

« L’Eglise n’est pas une élite de prêtres, de consacrés et d’évêques, mais forme, avec les fidèles laïcs, tous ensemble, le peuple de Dieu. Oublier cela, met en garde le Pape, « entraîne des risques notamment celui de « déformer – tant au niveau de notre expérience personnelle que communautaire – le ministère que l’Eglise nous a confié ». De rappeler, par la même occasion, que personne n’a été baptisé prêtre ou évêque : « Nous sommes tous entrés dans l’Eglise en tant que laïcs. Le premier sacrement, qui a scellé à jamais notre identité et dont nous devrions être fiers à jamais, est le baptême. (…) Nous avons tous été baptisés laïcs », rappelle-t-il.

Les fidèles laïcs sont « les protagonistes de l’Église et du monde ». En tant que pasteurs, poursuit le Pape, « nous sommes appelés à les servir et non à être servis par eux, qui signifie nous engager en leur ouvrant les portes, en travaillant avec eux, en partageant leur rêves, en réfléchissant et priant avec eux » ; et « jeter sur la ville et tous leurs lieux de vie un regard contemplatif, un regard de foi, pour y découvrir Dieu qui habite dans leurs maisons, dans leurs rues, sur leurs places ».

Non à l’uniformisation

Non à toute « uniformisation du laïcat », en le traitant comme un simple « mandataire ». Cet autre élément est pour le Pape « le résultat d’une manière incorrecte de vivre l’ecclésiologie proposée par Vatican II ». Car il limite toutes les initiatives et tous les efforts, et « toutes les audaces qui sont nécessaires pour faire arriver la bonne nouvelle de l’Évangile jusque dans les secteurs de la vie sociale et politique ». Loin de donner de l’impulsion aux différentes contributions et propositions, cette attitude, estime-t-il, « éteint peu à peu le feu prophétique dont L’Église entière est appelée à témoigner », oubliant que « la visibilité et la sacramentalité de L’Église appartiennent à tout le peuple de Dieu (cf. Lumen gentium, nn. 9-14), et non à une seule poignée d’élus et de personnes éclairées ».

Il n’y a pas les fidèles laïcs tout court et les laïcs engagés. Dans sa lettre, le Pape regrette la tendance assez répandue en Amérique latine, de croire que « le laïc engagé est celui qui travaille dans les œuvres de l’Église et/ou dans les affaires paroissiales ou diocésaines, sans trop réfléchir à comment un baptisé a besoin d’être accompagné dans sa vie civile et quotidienne ; comment, dans ses activités quotidiennes, avec les responsabilités qu’il a, il doit s’engager en bon chrétien dans la vie publique ». Sans nous en rendre compte, relève-t-il, nous avons créé cette élite, oubliant ou négligeant « le croyant qui, tant de fois, brûle son espérance dans sa lutte quotidienne pour vivre sa foi ».

Pour de nouvelles formes d’organisation et célébration de la foi

Le laïc, par sa nature même et son statut, parce que plongé dans le cœur de la vie sociale, publique et politique, parce que participant à des formes culturelles en constante évolution, a besoin de nouvelles formes d’organisations et de célébration pour entretenir sa foi. Face aux rythmes de la société actuelle, les pasteurs sont donc invités à « imaginer des espaces de prière et de communion avec des caractéristiques innovantes, plus attrayantes, et significatives pour les populations urbaines ».

Et enfin, le Pape trouve « illogique, voire impensable » que les pasteurs puissent croire « avoir le monopole sur les solutions à apporter aux multiples défis que nous réserve la vie contemporaine ». Il leur suggère plutôt de se ranger aux côtés des fidèles, de prendre parti pour eux « en les accompagnant dans leurs recherches et stimulant cette imagination capable de répondre aux problèmes actuels, et en discernant avec eux et jamais pour eux ou sans eux ».

CATHOBEL, 10 mai 2016 par Jean-Jacques Durré
Isabelle Cousturié (aleteia.org)
© Photo: Antoine Mekary/ALETEIA

Les évêques belges: « investir en vue d’une culture d’accueil »

Dans un message, intitulé « J’étais étranger et vous m’avez accueilli (Matthieu 25,34) », les évêques de Belgique indiquent que, dans les prochaines semaines, nos diocèses accueilleront 100 réfugiés syriens dans le cadre de l’ouverture d’un « couloir humanitaire ».

D’emblée, les évêques rappellent que l’immigration persistante constitue un important défi pour notre société. « Nous ne pouvons jamais oublier que ‘l’étranger’ est un être humain, avec tous les droits et devoirs qui en découlent. De même pour les sans-papiers. Nous sommes bien conscients de la complexité de cette situation. Nous ne pouvons cependant pas construire des murs d’indifférence et de peur », écrivent-ils, tout en précisant que de leur côté, les migrants n’échapperont pas à l’obligation de s’intégrer dans la société qui les accueille. « Ne pas nous replier sur nous-mêmes, ne pas rechercher seulement notre intérêt personnel: tel est le chemin d’avenir qui s’ouvre devant nous ; il nous permet de construire notre existence les uns avec les autres et de bâtir une société humaine et conviviale », poursuivent-il.

Leur espoir est le nôtre

Partant du message du pape François pour la Journée mondiale du migrant et du réfugié qui aura lieu le 14 janvier 2018, qui reprend les paroles de la Bible: « Cet émigré installé chez vous, vous le traiterez comme l’un de vous ; tu l’aimeras comme toi-même ; car vous-mêmes avez été des émigrés dans le pays d’Egypte ». Les évêques précisent que cette vision à laquelle le peuple juif – si souvent persécuté, exilé – est parvenu il y a des milliers d’années, n’a rien perdu de son actualité. « Inlassablement de nombreuses personnes venant de près ou de loin, cherchent leur salut parmi nous. Allons-nous leur tourner le dos, éteindre cette lueur d’espoir d’une vie meilleure et plus humaine qui brûle dans leurs cœurs? Ou, au contraire, leurs espoirs deviendront-ils les nôtres? Leur tendrons-nous la main pour parcourir ensemble le chemin? » s’interrogent les membres de la Conférence épiscopale.

‘J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli’ (Matthieu 25, 34). Suite à cette parole de Jésus les pasteurs de l’Eglise catholique de notre pays, veulent continuer à s’investir en vue d’une culture d’accueil et de rencontre, de respect de la dignité de tout être humain sans distinction. « Nous croyons en la créativité et en l’enthousiasme de nos communautés de foi, ainsi qu’au dynamisme de nombreuses organisations, d’actions et de mouvements de solidarité, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Eglise ».

Collecte spéciale à l’occasion de Noël

« Dans les prochaines semaines, nos diocèses accueilleront 100 réfugiés syriens dans le cadre de l’ouverture d’un ‘couloir humanitaire’. C’est pourquoi nous demandons que dans tous les diocèses de Belgique, une collecte spéciale pour l’accueil des réfugiés syriens ait lieu lors de toutes les célébrations de la veille de Noël et du jour de Noël. Le montant de la collecte sera consacré aux plus vulnérables d’entre eux: les familles avec enfants, les personnes âgées et celles avec un handicap ou un problème médical.

« En dehors de la collecte, en signe de solidarité, les chrétiens peuvent aussi verser directement une participation sur le compte bancaire BE 06 7340 1936 2522 / BIC KREDBEBB du Centre Interdiocésain), avec la mention: Réfugiés Syriens Noël 2017.

Et les évêques de conclure: « Nous comptons sur votre généreux soutien ».

Lire la déclaration des évêques de Belgique

CATHOBEL, 21 novembre 2017 par Jean-Jacques Durré