Archives mensuelles : mai 2017

Le jour où Luther a dit non

Est-on jamais assez curieux pour dépasser les idées reçues ? Le livre de Anne Soupa est une belle introduction à la personnalité de Luther et au contexte historique et politique de l’époque. Se commémorer le 500ème anniversaire du « non » peut être l’occasion de redécouvrir ce vent de liberté et nous ouvrir à l’œcuménisme. La réforme n’avait-elle pas changé l’Allemagne, l’Europe et le monde.

Martin Luther est un érudit, ami d’Erasme. Il aime son Eglise et est attaché au message divin. Ses thèses affichées aux portes de l’église de Wittenberg sont sans équivoque : pas de marchandage avec Dieu pour effacer nos péchés. La question est complexe car économie et politique s’en mêlent : le Pape, l’Empereur et les Princes de la Diète ont besoin d’argent. Il faut donc mettre au ban ce moine qui dérange. Lors de la rencontre d’Augsbourg, le légat du Pape exige l’obéissance absolue. Luther doit se rétracter au risque d’être excommunié ou finir comme Savonarole.

L’art d’Anne Soupa est de mettre sa plume romanesque au service de l’histoire, en rendant celle-ci vivante et accessible. Le suspense est maintenu jusqu’à l’inévitable rupture. La conscience personnelle, le cœur de l’homme et sa vie avec Dieu, l’Eucharistie pour tous sont les leitmotivs de Martin : « Ta foi t’a sauvé ». La vie la plus austère, même monastique, a peu de poids sans la miséricorde divine. La question des indulgences sera corrigée par la prise en considération des revendications de Luther lors de la Contre Réforme et lors du Concile de Trente. Elle ne justifiait pas un schisme !

La vie de Luther sera loin d’être un long fleuve tranquille : il faudra assurer sa protection face à Charles Quint qui le bannit. Ses relations avec Erasme et Calvin deviendront conflictuelles. Par ailleurs, il reste un travailleur infatigable à qui nous devrons la traduction de la Bible en allemand, chef d’œuvre objet d’ une référence absolue.

A travers ce livre, Anne Soupa oblige à repenser notre époque, à actualiser notre regard sur les évènements vécus par notre Eglise, jusqu’à ces dernières années. Le dernier mot revient au Pape François : « L’intention de Martin Luther était de renouveler l’Eglise et non de la diviser »

Raymond Leleux

La jeunesse musulmane face au discours de la haine

Compte-rendu de la conférence donnée par Hicham Abdel Gawad à Bruxelles dans le cadre du mouvement Les Baptisé(e)s-en-marche, ce 18 avril 2017.

D’ascendance à la fois égyptienne et maroco-algérienne, le conférencier est français et a vécu dans une famille qui pratiquait l’Islam traditionnel c-a-d un Islam bienveillant. Très vite cependant, vers 16 ou 17 ans, il se radicalise sous l’influence des livres salafistes que l’on trouve dans les librairies financées par l’Arabie saoudite, qui distribue 40 milliards pour répandre ses théories…
Après quelques années H. Abdel Gawad se rend compte que le Coran n’a pu être transmis mot à mot par Allah et il évolue dans ses recherches. Désireux de faire un Master en islamologie, il arrive en Belgique et est bien reçu par l’UCL. Plus tard il devient professeur de religion à Bruxelles.
Comment certains jeunes deviennent-ils salafistes ? Tout d’abord parce que les livres saoudiens sont très bon marché et présentent bien. Les Salafistes développent des discours où l’argument d’autorité est pratiqué intelligemment : un Dieu, donc une Révélation, et une Vérité. A chaque verset correspond une idée et ce système donne une illusion de sérieux. Les jeunes disent à leur père « Tu ne connais pas le vrai Islam ! » et certains ajoutent « L’Islam est attaqué donc les conditions du Jihad sont réunies ! »
Il faut développer auprès des adolescents une autre façon de penser, en les familiarisant avec l’exégèse (comme les Chrétiens ont appris à le faire). Ainsi le mot Jihad a-t-il deux significations : à la base ce mot signifie effort sur soi-même. Ensuite il a pris le sens de guerre sainte.
Il est aussi important de rappeler que la société du VIIe siècle en Arabie était très différente de notre XXIe siècle. Bien des injonctions du Coran s’expliquent lorsqu’on les remet dans leur contexte. Il faut distinguer ce qui est conceptuel de ce qui est circonstanciel de temps ou de lieu. Le rêve du Califat, par exemple, témoigne d’une nostalgie indéfendable.
Un professeur doit évidemment adapter son cours au niveau de ses élèves et deux heures de cours par semaine restent indispensables pour ce cheminement.
L’Islam est-il susceptible d’évoluer ? H. Abdel Gawad est pessimiste en ce qui concerne la France car il n’y a aucun cours de religion dans les écoles, contrairement à ce qui existe en Belgique. Aucun prof n’y a donc la possibilité de faire réfléchir les ados alors qu’en Belgique les cours sur les religions existent, dans un esprit de tolérance.

L.E. Lorent