Archives mensuelles : décembre 2016

L’intuition évangélique : une utopie pour la société et pour l’Église

Ignace BERTEN, o.p.
À la session FoCAP, Beauraing
25-26 novembre 2016

Dans notre société où le christianisme en tant que foi vécue devient de plus en plus minoritaire, même si une proportion importante de la population continue à se définir comme catholique, l’Évangile peut-il encore avoir des effets sociaux ? En France, François Fillon s’affirme très clairement comme catholique, ce qui est assez exceptionnel pour un candidat à la présidence. Il revendique les racines chrétiennes de l’Europe et de la France en particulier. Mais son programme est clairement ultralibéral : y a-t-il encore un rapport entre un tel programme, revendiqué comme expression du catholicisme en politique, et l’intuition évangélique de fraternité et de service ?

L’Europe ne sait plus où elle va ni ce qui peut la fédérer : il n’y a plus de projet commun. Le Brexit en est une expression. L’incapacité de définir une politique commune d’asile et d’accueil en est une autre, dramatique. La Grèce est toujours à la dérive. L’Italie et l’Espagne sont financièrement menacées d’implosion. Le niveau de crédibilité des politiques est au plus bas partout. Les partis populistes et d’extrême droite, porteurs de l’expression de mécontentement des citoyens, sont presque partout en croissance. Il n’est pas exclu que Marine Le Pen accède à la présidence de la République en France, et Trump a remporté les élections américaines.

1. Une sociologie de l’utopie

Un slogan est porté par le mouvement altermondialiste et différents mouvements alternatifs : « Un autre monde est possible ». Et nous voulons affirmer : une autre société est possible. Et aussi : une autre Église est possible. Certains s’essaient à esquisser les contours de cette société plus sobre, plus participative, plus inclusive, centrée davantage sur la qualité de la vie que sur l’abondance matérielle… D’autres, comme Wir sind Kirche en Autriche et en Allemagne, la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones en France, Baptisé-e-s en marche en Belgique, s’engagent en vue d’une autre manière d’être et de faire Église.

La foi chrétienne est portée par une vision et une espérance, qui ont une dimension utopique : le Royaume de Dieu. Le Royaume dans sa pleine réalisation est eschatologique et transcendant, donc au-delà de l’histoire. Mais il demande à être anticipé dans la pratique croyante : non seulement « le Royaume de Dieu est tout proche » (Lc 10,9), mais aussi « Le Royaume de Dieu est arrivé pour vous » (Lc 11,20). Les évangiles manifestent que ce Royaume est l’instauration d’une communauté caractérisée par la justice, la fraternité, le pardon, la dignité des pauvres…, communauté qui tendanciellement est appelée à s’étendre à l’humanité entière.

L’utopie peut-elle jouer un rôle social et politique ? L’utopie n’est-elle pas simplement de l’ordre du rêve ? Henri Desroche a défini l’utopie comme « image motrice globale », c’est dire qu’une véritable utopie mobilise l’action. Elle est portée par une intuition et un projet, dont on essaie de préciser les contours, sans avoir un plan prédéfini, parce qu’alors on est dans l’idéologie totalitaire.

Pour aller un peu plus loin, je prends appui sur la sociologie de l’utopie de Jean Barrea(1), qui enseignait les relations internationales à l’UCL. L’utopie est « une révolution culturelle à vocation politique ». L’utopie naît dans les moments de crise de la société ou d’un secteur de celle-ci, quand la réalité historique est acculée à l’impasse. Le discours utopien (terme que Barrea préfère à utopique, parce que ce dernier est péjoratif et donc perçu négativement) présente une face négative de critique du réel, et une face positive de construction imaginaire d’un avenir idéal. L’utopie peut en ce sens être conscience anticipante d’un possible.

Dans les moments de crise du réel, les solutions tendent à venir d’ailleurs que de la sphère politique. Tandis que la politique gère, la culture crée.

Barrea dit que « tout se passe comme si des contre-valeurs portées par des contre-forces, s’incarnaient dans des contre-formes, pour donner naissance à une contre-culture, ou plutôt, une nouvelle culture » et celle-ci débouche sur une nouvelle politique. Plus précisément, le passage du discours utopien à la nouvelle politique passe par plusieurs stades marqués par des crises successives. Barrea dégage sa perspective à partir d’une analyse de l’espoir de sortir du drame des guerres successives sur le continent européen à travers un long processus qui a conduit à l’Union Européenne grâce à l’utopie de la paix par l’unité européenne.

La paix est une contre-valeur par rapport aux nationalismes belliqueux. L’utopie naît dans une première phase de maturation dans des milieux universitaires ou culturels. L’utopie de la paix germe en réaction aux guerres en Europe, et plus précisément les guerres de conquête de Louis XIV, première crise. L’Abbé de Saint-Pierre rédige en 1713 un Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe. En 1795, Kant publie Vers la paix perpétuelle. Dans le contexte des guerres napoléoniennes, deuxième crise, Saint-Simon publie De la réorganisation de la société européenne (1814), où il propose la création d’un Parlement européen. Après la première phase de maturation intellectuelle et culturelle de l’utopie, se développe une deuxième phase de socialisation. En 1849, le 3ème Congrès international du mouvement de la paix, présidé à Paris par Victor Hugo, en
appelle à l’unité politique de l’Europe. Ce mouvement social s’approfondit après la Première guerre mondiale dans le mouvement paneuropéen et le Mémorandum d’Aristide Briand, en 1930, qui en appelle à une union fédérale européenne. Enfin une troisième phase, suscitée par la crise de la Deuxième guerre mondiale, conduit à l’actualisation politique : l’appel en 1946 de Winston Churchill à « une sorte d’États-Unis d’Europe », la naissance du Conseil de l’Europe en 1949 et la déclaration de Schuman en 1950. En parallèle, au niveau mondial, suite à l’échec de la Société des Nations, l’ONU est créée dès 1945 : malgré toutes ses limites, il s’agit d’un véritable projet politique pour mieux garantir la paix.

On voit combien de la naissance intellectuelle et spirituelle d’une utopie à l’actualisation politique, en passant par le mouvement social, le temps peut être long. Le discours utopien demande du temps pour s’incarner. Par ailleurs entre l’idée et sa concrétisation, il y une phase d’expérimentation dans le mouvement social (mouvement de la paix, mouvement paneuropéen, qui se prolonge dans le mouvement fédéraliste européen).

On pourrait sans doute, avec cette clé d’analyse utopienne, faire une histoire de la démocratie. On pourrait par là aussi faire une lecture de l’histoire du mouvement féminin ou des questions portant sur l’écologie et le climat, avec une différence : la durée qui sépare l’intuition de la mise en oeuvre sociétale et politique est nettement plus réduite. Signe peut-être de ce que l’histoire s’accélère.

Pouvons-nous tirer quelques leçons de cette analyse à partir de la problématique de la paix européenne pour notre présent marqué par le doute et l’euroscepticisme, et par les questions sociétales globales, par des inégalités croissantes, par la montée des exclusions et des intolérances, par les déstabilisations géopolitiques ?

Quelques observations. Le projet de paix n’a pas perdu de sa pertinence et de son actualité. La crise ukrainienne et les incertitudes sur ses débouchés possibles, les risques de dérapages, les manoeuvres de la politique de puissance états-unienne, les inconnues sur les intentions réelles à plus long terme tant de Trump que de Poutine et de la politique russe, tout cela crée de l’incertitude par rapport à la paix que nous croyions avoir gagnée en Europe. Il y a vingt ans, et même il y a dix ans encore, il y avait évidence que la paix était assurée sur notre continent. Aujourd’hui ce n’est plus évident. Par ailleurs, les guerres menées en Afghanistan, en Irak et en Lybie ont complètement déstabilisé toute la région, et nous ne savons pas où la guerre maintenant déclarée contre l’État islamique en Syrie et en Irak peut conduire, ni si le terrorisme d’origine islamique
prendra ou non davantage d’ampleur chez nous.

Ensuite, s’il y a crise du projet européen, cette crise se situe au coeur d’une crise beaucoup plus large qui porte sur le projet mondial de société : crise de la société mondiale dominée à la fois par le marché et par une finance de plus en plus aventureuse, et par les impasses d’une économie productiviste et de consommation conduisant à l’épuisement des ressources naturelles et aux déséquilibres environnementaux et climatiques, tout en créant de nouveaux conflits potentiels pour l’accès à l’eau et à la terre arable. Crise aussi de la cohabitation de cultures différentes. Crise encore des références éthiques.

De plus, nous vivons une crise de la démocratie, tant au niveau européen qu’aux divers niveaux nationaux : il y a rupture de confiance entre les citoyens et le personnel et les institutions politiques. Et de plus, des pouvoirs proprement totalitaires massivement soutenus par les populations, s’affirment en Russie, en Turquie, en Égypte. Et en Europe, l’État de droit est de plus en plus méprisé et clairement enfreint en Hongrie, en Slovaquie, etc.

Les grandes idées, les grandes valeurs sociétales font leur chemin dans l’histoire,
aboutissent à certains moments à des réalisations concrètes, mais celles-ci restent toujours fragiles et les retours en arrière sont aussi toujours possibles.

2. Des germes d’une autre société ?

Nous sommes de plus en plus conscients que ce sont à la fois nos modes de vie, –
production et consommation, et notre manière de faire place aux différences, – qui doivent changer, notre rapport à la nature, notre rapport à l’argent et aussi notre démocratie, de sorte que tous puissent participer dignement à la vie en société. Il ne suffit pas de relancer la croissance et d’assurer la sécurité, discours politique commun aujourd’hui, il faut changer de modèle.

L’Europe est certainement l’un des espaces dans le monde où, intellectuellement et culturellement, depuis des années sont développés les discours intellectuels et culturels alternatifs. Qu’on pense au rapport du Club de Rome, Halte à la croissance, de 1972, ou des philosophes comme Edgar Morin. Mais ce sont aussi de multiples expérimentations et pratiques alternatives : économie sociale et solidaire, culture biologique, rapport direct producteurs consommateurs et circuits courts, réseaux de solidarités, ou aussi expériences locales de finances alternatives, et multiples pratiques visant le bien-être et les thérapies non classiques, et encore multiplication des initiatives de rencontres interreligieuses ou de groupes interconvictionnels… Cette effervescence est expression du malaise profond que suscite notre société, d’une crise du modèle et du sens. Dans tout cela il y a à boire et à manger, des choses sérieuses et d’autres qui ne le sont pas, des expériences qui réussiront, s’élargiront et d’autres qui conduiront à des impasses. Mais il y a une sorte d’ébullition d’initiatives et d’expérimentations qui cherchent à mettre en oeuvre les idées lancées concernant un autre monde possible.

Quels seront les débouchés politiques ? Il est trop tôt pour répondre à cette question. Je pense cependant qu’on peut aller un peu plus loin dans l’analyse à partir de la dynamique utopienne développée par Barrea. Par rapport à l’indispensable nouveau modèle de société, nous sommes sans doute dans la phase de socialisation, dont les mouvements alternatifs sont l’expression. Mais il faut être attentif aussi au nouveau langage, les nouveaux mots et concepts qui circulent depuis quelques années, comme société civile, démocratie participative, décroissance ou en plus positif sobriété, ou encore abondance frugale (Jean-Baptiste de Foucauld). À l’inverse, un mot comme progrès est plutôt critiqué ou dévalué, Trop timidement, il y a les premiers débouchés politiques : les conférences sur le climat, les législations inspirées par les questions environnementales, mais aussi les nouvelles législations qui visent à contrôler davantage le monde de la finance, par exemple. On peut dire, peut-être, que si l’histoire semble s’accélérer, le processus utopien semble aussi se raccourcir. Mais en même temps, on se demande si Trump ne va pas signifier un dramatique retour en arrière.

À propos de la sobriété, je pense qu’on retrouve le sens profond de la tempérance, cette vertu cardinale de la théologie morale chrétienne classique, définie, selon Le Robert, comme « la modération dans les plaisirs ». Il faut dire que cette vertu de tempérance était quelque peu en déshérence dans le langage contemporain si profondément marqué par le consumérisme. Elle est en train de retrouver une véritable actualité. On observe parmi certains jeunes adultes, très marqués par la précarité de leur condition, une sensibilité particulière et une mise en pratique d’une simplicité volontaire. Ils sont contraints et forcés, mais aussi créatifs : renoncement à la voiture, qu’ils ne peuvent pas se payer,  utilisation de biens de seconde main, attention à l’économie d’énergie, etc. La tempérance est certainement aussi un chemin qui doit permettre de réduire les inégalités et de mettre l’accent sur la qualité de la vie, et en particulier de la vie relationnelle.

Et pour les chrétiens, l’utopie du Royaume dans ce contexte ? L’histoire de l’Église a été marquée dès sa naissance par des pratiques alternatives de partage, de solidarité, d’attention aux pauvres. Le pape François cherche visiblement à relancer l’Église sur cette voie. Son encyclique Laudato Si‘ a eu un retentissement important au-delà des frontières de l’Église. Il est l’une des rares figures crédibles sur la scène internationale. Sera-t-il suffisamment entendu ?

François en appelle non seulement à une conversion de la société en vue d’un monde de paix, d’un monde durable, d’un monde de dignité pour tous, il en appelle aussi, tant par ses paroles que par ses gestes à une profonde réforme de l’Église. On peut regretter la modestie des résultats du synode sur la famille, regretter qu’il n’ait pas été plus explicite dans son exhortation Amoris laetitia concernant les divorcés remariés, mais il faut observer plus finement le mouvement qu’il impulse : redonner la parole aux communautés dans la double consultation avant les deux sessions du synode, revaloriser la collégialité épiscopale dont le conseil des neuf cardinaux est une expression, revaloriser la responsabilité des conférences épiscopales et donc mettre une sérieuse sourdine au centralisme romain, relativiser et donc de quelques manière désinfaillibiliser le ministère pontifical, limiter fortement l’interventionnisme doctrinal de la Congrégation pour la doctrine, etc. Tout cela suscite une opposition très forte et violente au sein de l’Église. Son combat évangélique n’est pas gagné…

3. Les Tisserands

Le philosophe musulman Abdennour Bidar développe une réflexion intéressante dans son dernier livre Les Tisserands. Réparer le tissu déchiré du monde (Paris, Les liens qui libèrent, 2016). L’image est très suggestive, et son enthousiasme est communicatif.

Quelques lignes de son introduction :
« Un peu partout dans le monde commencent à se produire “un million de révolutions tranquilles”, dans tous les domaines de la vie humaine : “travail, argent, santé, habitat, environnement”. J’appelle Tisserands les acteurs de ces révolutions. Leur objectif commun, en effet, est très simple : réparer ensemble le tissu déchiré du monde. […] Leur combat pour “relier la vie” s’est engagé contre d’énormes forces de destruction qui sur la planète entière aggravent continuellement ces multiples déchirures et divisions dont nous souffrons tous à un degré ou à un autre : la séparation de l’homme avec son âme, les inégalités et les fractures sociales, les absurdes guerres culturelles, l’épouvantable divorce entre l’homme et la nature. […] Grâce à tous ceux-là, les réseaux de la vie reliée se multiplient maintenant comme la montée de sève au printemps irrigue l’arbre d’une vitalité nouvelle… Et toutes ces luttes tisserandes pour la “reliaison du monde” s’amorcent alors même que la question du spirituel revient au centre de nos questions de civilisation. » (pp. 7-8).

Les Tisserands retissent un triple lien : « 1. Le lien retrouvé avec notre moi le plus
profond, source de vitalité et d’inspiration créatrice » ; « 2. Le lien retrouvé avec autrui, dans le partage équitable, la tolérance et la coexistence pacifique » ; « 3. Le lien retrouvé avec la nature, fait d’émerveillement, d’éveil à la puissance de la Vie et de symbiose ». « L’ensemble forme ce que j’appelle le Triple Lien (à soi, à autrui, à la nature). Il y a donc trois grandes familles de Tisserands : celle du lien intérieur, celle du lien social, celle du lien écologique. » (pp. 12-13). Et Bidar poursuit : « J’écris ce livre avec la conviction que les Tisserands peuvent gagner et vont finir par l’emporter. Mais l’optimisme est une responsabilité » (pp. 16-17).

Bidar observe qu’aujourd’hui les initiatives qui créent du lien sont multiples. Mais il observe aussi qu’il y a trop peu de lien entre les initiatives qui se développent en rapport avec chacun des trois types de lien. Il y a de multiples propositions de développement personnel, de recherche de la pleine conscience, etc., c’est-à-dire de redécouverte du sens et de l’importance d’être authentiquement soi-même, au-delà de la déchirure des multiples aliénations. Il y a aussi de multiples initiatives qui promeuvent et développent le lien avec l’autre, solidarités de base ou mouvements plus institués actifs sur le terrain du tissu social tellement déchiré. Il y a enfin de multiples propositions de restauration du lien avec la nature par une transformation des modes vie. Un défi majeur est de faire en sorte que ces Tisserands sectoriels s’engagent dans un mouvement de convergence, en étant activement sensibles au lien à faire vivre entre ces différents champs : que ceux qui sont à la recherche du développement personnel ne négligent pas le champ social et que ceux qui cherchent davantage de justice et de solidarité ne restent pas étrangers à l’appel au développement personnel et aux modes de vie nouveaux libérés des impératifs de consommation et du paradigme technocratique. Pour Bidar, vivre et développer la symbiose entre ces trois liens est un véritable enjeu spirituel, qui suppose
une éducation de l’âme ouvrant à une spiritualité forte.

Une chose me frappe à la lecture de Bidar et me conduit à une tonalité plus critique. Il est de tradition musulmane et il assume explicitement cet enracinement. Mais il propose une relecture de la foi musulmane par le biais de ce qu’il appelle un « existentialisme musulman » qui évacue à la fois la religion comme réalité instituée et Dieu. Ses expressions concernant la religion sont toujours négatives. Il dit qu’il faut aller au-delà de l’athéisme et de la religion. Et il affirme que dans le Coran quand on dit que l’homme est le khâlif de Dieu, ce qu’on traduit généralement par lieutenant, il y est dit autre chose, mais que le Coran lui-même ne pouvait pas le penser à l’époque : le mot khâlif veut dire, selon lui, celui qui succède à : l’homme aujourd’hui est appelé à succéder à Dieu, ce qui est le véritable humanisme…

Si nous revenons à l’Évangile, nous voyons que Jésus restaure un triple lien : le lien à soi, en libérant de la culpabilité et de la mésestime de soi ; le lien à autrui en réinstaurant un rapport de dignité réciproque ; et le lien à Dieu comme ouverture confiance à un accueil de miséricorde et de tendresse. Le lien à la nature est absent : la rupture avec la nature n’est pas dans la réalité du temps. Nous croyons qu’un rapport vrai à Dieu, dans une spiritualité forte, est aussi une puissance libérante. Et aujourd’hui, il y a aussi de multiples lieu d’expérience spirituelle ouverte et vivifiante de Dieu (on peut penser, entre autres, à des lieux monastiques, des groupes de partage biblique, des communautés de célébration, etc.). En ce sens, ne devrions-nous pas compléter Bidar en parlant d’un quadruple lien à retisser : le lien à soi, le lien à autrui et à la société, le lien à la nature et le lien à Dieu.

4. La dynamique prophétique de l’histoire

On peut lire l’histoire en y discernant un mystérieux ressort, que j’appelle une dynamique prophétique. Au cours de l’histoire, des hommes et des femmes ont cru que l’état des choses, c’est-à-dire la réalité présente telle qu’elle semble s’imposer, pouvait être autre dans des domaines très différents. Ils ont commencé cette nouveauté improbable, et l’histoire leur a donné raison. Certains d’entre eux l’ont payé de leur vie.

Socrate a ouvert la philosophie européenne à la démarche critique, c’est-à-dire à une pensée libre faisant appel à la raison. Par là, il délégitimait l’autorité des mythes. Il a été condamné à mort, on a oublié ceux qui l’ont condamné, mais sa pensée lui a survécu et sa démarche continue de féconder la pensée.

Galilée a été condamné, non pas parce qu’il affirmait que la terre tournait autour du soleil, car Copernic l’avait montré avant lui, et le pape de l’époque en était convaincu. Mais parce que, comme croyant, il s’était permis d’affirmer qu’il fallait lire et interpréter autrement la Bible, en l’occurrence les récits de la Genèse, à partir des connaissances offertes par la science. C’est lui qui avait raison.

Gandhi a ouvert le chemin de la non-violence politique. Il a été éliminé, la non-violence est cependant devenue une force d’action politique.

Martin Luther King a obtenu l’abolition de la discrimination légale des Noirs aux États-Unis : sans lui, Obama n’aurait jamais pu être élu président.

Nelson Mandela a osé croire qu’une société non discriminante sur la base de la race était possible en Afrique du Sud sans révolution violente, et il a eu raison.

Il en va de même de certains mouvements sociaux. Au 19e s., des ouvriers ont cru qu’ils pouvaient changer les conditions de travail face au capitalisme industriel naissant brutal et impitoyable. Ils ont organisé des grèves, mis en place les premières mutuelles et les caisses de résistance. Certains l’ont payé de leur vie. La plupart n’ont pas vu les résultats de leur engagement : nous leur devons la protection sociale si menacée aujourd’hui.

Les suffragettes ont été les premières féministes organisées revendiquant le droit de vote en Angleterre au début du 20e s. : on s’est moqué d’elles, mais elles sont à l’origine du mouvement féminin mondial. Comme les premiers écolos, tenus pour de doux rêveurs, ont initié la problématique de l’environnement. Aujourd’hui, plus un parti ne peut se permettre de proposer un programme sans qu’y apparaissent les questions concernant les femmes ou l’environnement.

Tous ceux-là ont eu raison contre le mouvement et les institutions de leur temps. Sans eux, que serait la société aujourd’hui ?

Et aujourd’hui encore, cette minorité d’intellectuels musulmans, jusqu’au coeur de l’université d’al-Azhar au Caire, mais bien davantage en Europe, qui se risquent à une réinterprétation du Coran et de la sharia pour ouvrir l’islam aux libertés modernes, eux aussi ne sont-ils pas annonciateurs et inaugurateurs d’un monde différent ?

Plus largement, il y a le mouvement social marqué par des convergences minoritaires et peu visibles, une sorte de capillarité qui progressivement modifie les pratiques et rend crédibles des idées qui paraissaient naïves et utopiques, tout cela que met en valeur Bidar.

Il en va de même dans l’Église : le mouvement biblique, le renouveau de la liturgie ont été anticipés, tout en se heurtant souvent à la répression, avant de déboucher au Concile. L’accueil des divorcés remariés auquel le pape François invite aujourd’hui a été anticipé en différents lieux il y a près de quarante ans. Et aujourd’hui, ce sont aussi des pratiques transgressives concernant les ministères qui ouvrent à un autre rapport entre pouvoir et service au-delà des différentes discriminations qui jouent en particulier dans le rapport entre homme et femme.

Jésus a été condamné parce qu’il mettait en cause le fonctionnement social et religieux de son temps, en prenant le parti de tous ceux qui étaient objet de mépris et mis en marge. Le Temple et l’Empire ont disparu depuis bien longtemps, mais l’Évangile continue à féconder l’histoire. Et si, tout au long de l’histoire de l’Église, l’institution a eu trop souvent tendance à étouffer la force prophétique de l’Évangile, constamment l’Évangile rebondit et se réaffirme comme ressource de liberté, de solidarité et de fraternité, de vie.

1 L’utopie ou la guerre – D’Érasme à la crise des euromissiles, Louvain-la-Neuve, Ciaco, 1986. Une bonne présentation de l’analyse politique de l’utopie a été faite par Vincent LEGRAND, « L’altermondialisme à la lumière de la sociologie de l’utopie de Jean Barrea dans Culture et Relations internationales – Liber amicorum Jean Barrea, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain,
2007, pp. 125-146. Voir aussi son article beaucoup plus bref à l’occasion du cinquantième anniversaire du Traité de Rome : « La construction européenne et ses valeurs fondatrices : une utopie réalisée … et à poursuivre », Europe-Infos, n°92, avril 2007, pp.10-11. Je reprends l’une ou l’autre expression de Vincent Legrand.

L’Irak…. octobre 2016.

C’est à l’invitation de Sr Maria, prieure générale des Sœurs Dominicaines de Sainte Catherine de Sienne, que je me suis rendue en Irak du 10 au 22 octobre 2016. Cette congrégation me tient fort à cœur y ayant vécu une douzaine d’années, de 1970 à 1983. Cette proximité m’a fait garder des liens profonds et durables avec les sœurs. Comment alors, rester indifférente devant tout ce qui se passe dans ce pays depuis plusieurs années !

Mon voyage a voulu être un soutien, une présence, un signe pour dire qu’en Occident on n’oublie pas ce peuple meurtri, blessé par tant de barbarie. Je me suis sentie soutenue par beaucoup de personnes, amies et connaissances ici en Belgique qui m’ont encouragée à partir… et qui m’ont remis quelques dons importants pour faire face aux nombreux besoins.

Je suis donc arrivée à Erbil, capitale du Kurdistan qui jouit depuis quelques années d’une certaine autonomie. Ville aussi connue dans l’histoire par la bataille d’Alexandre le Grand qui y a vaincu Darius III en 331 av. J.C. (connue sous le nom de bataille des Arbèles).

Les sœurs m’attendaient à l’aéroport. Quelle joie de se revoir ! La maison qui leur sert de maison-mère (la 3ème en peu de temps) se trouve à Aïn Kawa. Jadis petit village chrétien, il se confond aujourd’hui entièrement avec la ville d’Erbil. Si les Kurdes partagent pourtant une longue frontière avec Daech, on se sent plus ou moins en sécurité et la vie semble être normale. Le Kurdistan a dû prendre en charge plus d’un million et demi de réfugiés. Il se trouve ainsi devant d’innombrables défis.

Très vite en côtoyant les sœurs et les gens, plus particulièrement les chrétiens, on se rend compte des difficultés dans lesquelles ils vivent. Et chacun tient à raconter son histoire :

« J’avais 800 poules, 7 vaches hollandaises qui donnaient 50 litres de lait par jour, 120 veaux. Tous ces animaux sont traités suivant les systèmes les plus perfectionnés venant d’Europe. Le 6 août 2014 –tous s’en souviennent- nous avons dû quitter Qaracoche ne pouvant rien emmener avec nous. Nous avions 10’ pour partir. Normalement, Erbil se trouve à une heure de voiture de Qaracoche. La route a pris plus de 24h tellement les gens se précipitaient pour partir au plus vite. 56 000 habitants partaient tous à la fois. Les voitures s’enlisaient dans le sable. Et nous sommes ici sans savoir ce que nos biens sont devenus. Ma femme fait la cuisine pour une petite communauté, c’est notre seul moyen de subsistance »

« J’avais une petite fabrique de glace. Avec ma camionnette, je partais faire le tour de la ville de Qaracoche pour distribuer mes produits dans divers endroits. Ma camionnette ne pouvait rouler vite. Tout est resté derrière nous. Alors que je fuyais, j’ai reçu un coup de téléphone (sur mon portable). C’était un membre de Daesch qui m’ordonnait de revenir porter les clefs de ma maison et de ma petite fabrique, sous la menace sinon de tout faire sauter. Il avait repris mon n° de téléphone sur ma camionnette laissée derrière moi »….

« Ma famille, dit une sœur, a dû quitter le village de Tell Eskof. Elle a voulu emporter les bijoux qu’elle possédait mais à la sortie du village elle a été dépouillée de ces seuls biens emportés ».

Cet exil restera dans la mémoire de tous. Dans la plaine de Ninive, au mois d’août, il n’y a pas moins de 46 degrés à l’ombre….

Dans un premier temps, les réfugiés sont arrivés dans les cours des églises, des écoles…, dans les écoles ou grands hangars pour les plus chanceux, dans les immeubles inachevés. … tous ces lieux trop exigus pour accueillir ces milliers de personnes. Certains dormaient dans la rue. Assez vite l’aide est venue par le biais de nombreuses ONG. Des tentes furent dressées et une vie sous un toit de toile commença à s’organiser….
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Fin septembre, les écoles ont recommencé. Ceux qui s’étaient réfugiés là ont dû trouver d’autres lieux. Et puis l’hiver est arrivé à grands pas, les températures ont baissé fortement. Après trois mois, des villages entiers de containers ont été montés et ont permis aux familles de se réfugier sous un toit de tôle, une pièce par famille.

Là aussi, tout s’est mis en place progressivement. Aujourd’hui on peut voir dans chaque camp, un dispensaire avec des médecins, des infirmiers et infirmières bénévoles ou à peine payés. Or tout ce monde doit vivre aussi. Une petite aide est la bienvenue.
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Cet exil n’est pas sans laisser de traces sur la santé des personnes. Ainsi, en ce qui concerne par exemple la congrégation, 16 sœurs sont décédées en plus ou moins 15 mois à partir de leur fuite !

Des écoles primaires et secondaires ont également été montées. Les sœurs ont été fortement sollicitées pour les diriger. Plusieurs étant retraitées ont proposé leurs services mais aussi les plus jeunes. Ainsi une sœur du nom de Ban ayant étudié la méthode Montessori lors de ses études en Amérique, applique cette méthode aux petits du jardin d’enfants. Ceux-ci, explique-t-elle, ont été fort traumatisés et beaucoup sont devenus violents. Il faut gérer tout cela. Elle applique aussi le yoga. J’ai été frappée par la discipline qui y règne et surtout le calme. Sœur Huda qui accueille ensuite ces enfants à l’école primaire constate la différence avec les enfants venant d’autres jardins d’enfants.
Mais, poursuit Sœur Dan, cela ne s’arrête pas là, il faut aussi prendre en charge les parents qui sont parfois aussi fort perturbés. C’est la congrégation des sœurs (avec l’aide extérieure) qui loue des maisons pour ouvrir ces jardins d’enfants. Elle subvient aussi aux salaires des enseignants. Ils reçoivent pour l’instant 150€ et doivent déduire de leur salaire 50€ pour les frais de transport. Sœur Dan espère pouvoir monter le salaire à 200€ (grâce encore à la générosité des donateurs).

Ce qui m’a particulièrement frappé c’est la présence indispensable pour les chrétiens d’une église ou d’une chapelle. La croix domine l’entrée de chaque camp. Je suis vraiment admirative devant la foi de ces chrétiens qui ont tenu bon, qui ont préféré s’exiler plutôt que d’y renoncer.

A l’heure actuelle, quelle est la situation ? Quelques rares familles riches ont pu louer une maison. L’Eglise, avec les moyens venant de l’extérieur, a loué quelques habitations où s’entassent plusieurs familles. Les camps sont toujours là. 1200 familles par camp. Des tentes, il en existe toujours. Mais ce sont les yézidis, les plus malchanceux, les plus persécutés par Daesch qui sont encore sous ces tentes, surtout dans la région de Sinjar, ville occupée par Daesch.

J’ai pu visiter un autre village où les chrétiens sont restés mais ont été souvent menacés. Il se trouve à la fin de l’axe Mossoul – Duhoq. Sur cet axe tous les villages sont chaldéens. Bien sûr, d’autres villages sont yézidis et musulmans. Ceux-ci ont tous dû fuir… 600 familles résident actuellement à Al Qoch, village situé sur le flanc de la montagne et dominé par le monastère Rabban Hormiz datant du 4ème siècle, qui se trouve dans la montagne.

J’ai eu également l’occasion d’accompagner les sœurs à Kirkouk, ville pétrolière située hors du Kurdistan. En saluant l’évêque, Mgr Yousef Thomas, celui-ci nous a partagé tous les projets qu’il subventionnait dans son diocèse : dispensaire, laboratoire, pharmacie, écoles etc…. Un projet original est celui d’accueillir des étudiants et étudiantes venant de toutes les villes du Kurdistan et dont les parents ne peuvent subvenir à leurs besoins. Ils viennent là pour poursuivre des études universitaires en langue arabe. Ils sont 400 à être répartis dans différentes maisons louées à cette occasion et contenant une trentaine d’étudiant(e)s. Ceux-ci sont logés sans distinction de religion. Ainsi on y trouve des chrétiens, des musulmans et des yézidis. Belle école d’apprentissage pour un vivre ensemble et préparer l’avenir. L’évêque a mis en place un système d’adoption. Un étudiant coûte à peu près 2000€ par an.

A Kirkouk, il y a plus ou moins 800 familles réfugiées. Certaines trouvent du travail mais la plupart du temps ce n’est pas le cas et elles sont alors aidées pour l’alimentation et le loyer. L’évêque a ouvert une petite fabrique de taheniye (huile de sésame). Elle fait vivre une dizaine de familles. Les kurdes sont accueillants en ce qui concerne les chrétiens. Quelles en seraient les raisons ? Sans doute y a-t-il un certain intérêt à les accueillir, à se bien faire voir de l’Occident. Mais d’après l’évêque, c’est parce que les chrétiens ont partagé les souffrances du peuple kurde lors de la guerre de Saddam Hussein contre eux. L’évêque est originaire du Kurdistan et sait ce dont il parle.

Une semaine après notre visite aux sœurs dans leur nouvelle communauté et aux étudiantes habitant juste à côté, un événement s’est produit : Daech est entré dans la ville de Kirkouk pour y faire sauter plusieurs lieux stratégiques comme le bureau de police, un hôtel, une centrale électrique…. Pour s’y préparer, une trentaine d’hommes se sont retrouvés dans la rue des sœurs et des étudiantes et se sont installés dans les maisons. A 3 heures du matin, trois se sont installés dans celle des étudiantes, y buvant et mangeant…. Quelle peur, quelle panique lorsqu’elles se sont rendues compte de la situation ! Heureusement, grâce à leur gsm ou celui des sœurs, l’armée populaire a pu être mise au courant et a fini après des heures d’attente, par libérer en quelques instants les étudiantes. Celles-ci se terraient en-dessous de leur lit. Qu’il ne leur soit rien arrivé, relève du miracle. A la fin, les membres de Daech se sentant encerclés se sont fait sauter.
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Cet événement fait remonter des souvenirs dans la tête des gens : à Qaracoche, Daech avait coupé l’eau deux mois avant l’exode. A leur arrivée, ils avaient demandé : « où sont les filles et les femmes ? »…. Ceci renforce toutes les peurs.

Si l’on parle de cette fameuse date du 29 juin 2014 où le calife Ibrahim s’est auto-proclamé calife, il faut savoir que la situation s’était détériorée depuis plusieurs années. Peut-être se souvient-on encore des prises d’otages, des prêtres et même d’un évêque, et on les énumère… Rarid, Eskender, un arménien, l’évêque de Mossoul, Faradj, deux jeunes prêtres de Qaracoche…. Certains n’ont pas voulu qu’on les rachète et ont connu l’exécution pure et simple.

Que pensent les gens aujourd’hui ?

Beaucoup de réfugiés tirent un trait sur leur vie passée et n’aspirent qu’à partir à l’étranger. Souvent c’est parce qu’ ils ont de la famille en Australie, Grande-Bretagne, Amérique…. D’autres hésitent. D’autres encore restent en espérant retrouver un jour ou l’autre leurs biens ou ce qui en reste. Ce ne sera possible que lorsque Mossoul sera entièrement libérée, et ce ne sera pas une opération facile ! Qaracoche, ville de 56 000 habitants s’était vidée de ses habitants et n’était occupée que par Daech, alors que Mossoul, ville de plus d’un millions d’habitants, reste habitée par une population nombreuse. Mais ils craignent l’offensive et commencent à fuir également quand l’occasion leur est donnée. Des camps entre le Kurdistan et la ville de Mossoul, sont déjà installés pour les accueillir.

Dès que ce sera possible, des centaines de jeunes se préparent à retourner à Qaracoche, pour aller nettoyer leur ville, disent-ils. Il est certain qu’un gros travail de déminage sera nécessaire. Et là aussi, il faudra les aider à reconstruire ce qui a été démoli.

Penser au retour n’est pas si évident. Ne surgira-t-il pas un « daech » des villages avoisinants…. disent certains. Les musulmans qui sont partis avec nous sont ceux qui ne font pas partie de Daech, ceux qui sont restés, le sont et cela fait peur. De temps en temps des rancunes s’expriment –on peut le comprendre. Mais l’esprit de vengeance n’habite pas leur cœur.

Les sœurs sont dans l’attente. Les plus jeunes expriment leur difficulté de vivre dans toutes ces tensions : « on ne peut pas vivre une vie normale, on ne peut travailler ainsi dans la peur ». Leur mission est de suivre le peuple. Elles, tout comme le peuple des réfugiés, me donnent l’impression d’être des étrangers sur leurs propres terres.

Et qui se disputera la ville de Mossoul et toute cette région si tout est un jour libéré ? Les Kurdes la convoitent. Elle a été jadis une ville kurde. Les Turcs la convoitent. Cette région ne faisait-elle pas partie de l’empire ottoman ? Les Arabes, bien sûr, pensent la récupérer. Et bien d’autres peut-être…. Situation compliquée et ambigüe !

Pour terminer, je me fixerai sur quelques scènes :

Partout des gens prient et chantent. Leur foi est grande et leur confiance sans limite. Et cette autre image d’une classe de 23 enfants…. Ils chantent en battant des bras : « nous sommes les papillons de la paix ».

Que Dieu entende leur prière !

Marianne Goffoël o.p.

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1ère messe à Qaracoche dans la cathédrale (brûlée et abimée)