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Synode des jeunes: pour un discernement en vue de la sainteté

(20 juin 2018 par Cath.ch)

Le discernement en vue de la sainteté est au cœur de l’Instrumentum laboris (instrument de travail) des évêques en vue du synode d’octobre prochain sur les jeunes, la foi et les vocations. Le document a été rendu public le 19 juin 2018 par le Saint-Siège.

Cet Instrumentum laboris insiste sur l’art du « discernement » pour toute l’Eglise, afin de lui donner une nouvelle jeunesse.

Composé de trois parties, le document se veut une démarche progressive de discernement: « reconnaître » la réalité de la condition juvénile (partie 1), puis « interpréter » à la lumière de la foi et des Saintes Ecritures (partie 2). Enfin, « choisir » des orientations pastorales en direction des jeunes. Ce qui pourrait impliquer une réforme et des changements de pratiques.

Redécouvrir un « authentique dynamisme juvénile »

Comme l’a déjà souligné le pape François lui-même, il s’agit ainsi de redécouvrir un « authentique dynamisme juvénile » pour toute l’Eglise, ce qui suppose « purification et réforme ». C’est pourquoi le texte se conclut sur une attention significative au thème de la sainteté, écrit le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode, de façon à le proposer à tous les jeunes d’aujourd’hui. C’est un grand défi, mais il existe cependant une « féconde pédagogie de la sainteté ». Notamment par la contemplation de figures de « jeunes saints », de plus en plus nombreux.

Dictature de l’apparence chez les jeunes

A l’inverse, le constat dressé par l’Instrumentum laboris dans sa première partie est celui d’une « dictature de l’apparence » (58) chez les jeunes, ainsi qu’une « culture de l’indécision » (61), dans laquelle les choix sont réversibles.

Notamment, cette approche de la réalité privilégie l’image à l’écoute et à la lecture. Bouleversant ainsi la transmission de la foi « basée sur l’écoute de la Parole de Dieu et la lecture des Saintes Ecritures » (57).

La morale sexuelle de l’Eglise peu suivie

De même, selon certaines études, beaucoup de jeunes catholiques « ne suivent pas les indications de la morale sexuelle de l’Eglise » (53). Certaines questions délicates – contraception, avortement, homosexualité, cohabitation, mariage – sont d′ailleurs source de débat. Pourtant, « la sexualité précoce, la promiscuité sexuelle, la pornographie, l’exhibition de leurs corps en ligne et le tourisme sexuel sont susceptibles de défigurer la beauté et la profondeur de la vie affective et sexuelle » (52).

En contrepoint, le texte souligne que la famille, dont les grands-parents, continue de représenter une « référence privilégiée » (11). De même qu’un certain « retour du sacré »: « la sécularisation ne semble pas s’affirmer comme le destin inéluctable de l’humanité » (63).

Rôle de l’accompagnement spirituel

Dans son second chapitre, l’Instrumentum laboris veut renforcer le rôle de l’accompagnement spirituel (114) jusqu’à en faire un instrument clef (136). Lors de la dernière réunion pré-synodale les jeunes avaient réclamé plus d’accompagnement. Savant mélange entre accompagnement spirituel et forme de proximité, l’art d’accompagner n’exclut pas non plus le suivi psychologique, mais le transcende (125).

Un parcours de discernement vocationnel implique aussi de faire un choix, sur la base non pas des pulsions et des pressions sociales, mais de la liberté et de la responsabilité (113). La prière et l’écoute à travers « l’examen de conscience » ont donc une importance prépondérante, tout comme la « docilité envers un maître spirituel » – lequel doit être distingué du confesseur (126). L’accompagnateur doit aussi « travailler sur lui » pour ne pas franchir de limites et commettre de vrais abus (131).

Afin de discerner le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, le document suggère dans la troisième partie que l’Eglise retrouve le sens étymologique du mot ‘autorité’, qui signifie « faire grandir ». C’est-à-dire être au service du développement et de « la libération de la liberté » (141). Cela suppose aussi une « conversion systémique » des éducateurs (148), pour ne pas seulement transmettre un contenu, mais être de véritables « témoins de la maturité humaine ». Pour les institutions catholiques, cela signifie également une « contemplation spirituelle, intellectuelle et existentielle » du kérygme – le cœur de la foi.

Le rôle de la musique

Parmi les différents domaines de la vie – travail, citoyenneté, sport, monde numérique – le document accorde une place particulière à la musique (162). Car celle-ci est liée à l’écoute et l’intériorité, elle permet l’affirmation de l’identité. Son impact sur les émotions, notamment, est une opportunité pour la formation au discernement.

« Un espace pour une production musicale qui aide du développement de l’intériorité est donc ouvert ». Le document cite notamment le chant grégorien, celui du monachisme orthodoxe ou encore le gospel.

Lutter contre la culture du déchet

L’Eglise, pour sa part, « ne peut accepter d’être seulement une ONG ou une agence philanthropique » (172). Liant évangélisation et éducation, elle doit « confesser le nom de Jésus », pour collaborer à l’œuvre de Dieu. En aidant les jeunes, sans les culpabiliser, à « assumer que la vie est un don » et à lutter contre la culture du déchet et de la mort.

Plutôt qu’une appartenance « élitiste », l’Eglise doit également promouvoir une expérience « familiale » d’elle-même, comme une « famille de familles » (178). Relevant une carence en matière éducative dans l’Eglise, le document mentionne en particulier le rôle bénéfique des mouvements et ‘oratoires’ – ou patronages (180) – suscités à l’origine par saint Philippe Néri (1515-1595) et saint Jean Bosco (1815-1888). De manière plus générale, le rôle des religieux et religieuses est souligné en matière d’éducation.

JMJ vs vie chrétienne ordinaire

Dans la réflexion, une place est aussi consacrée au rapport entre les grands événements type Journées mondiales de la jeunesse – dont certains demandent l’évaluation – et la vie quotidienne de la foi et des chrétiens. Il est ainsi plus difficile, affirme le document, d’insérer dans le quotidien l’enthousiasme des JMJ. Ceux-ci peuvent ainsi devenir des moments « d’évasion » et de fuite. Ils ne remplacent pas une vie personnelle et communautaire « ordinaire ».

Parmi les autres outils pastoraux, l’Instrumentum laboris évoque encore les retraites, exercices spirituels, pèlerinages. Mais aussi l’écoute régulière de la Parole de Dieu et la beauté de la liturgie (188). Plusieurs conférences épiscopales soulignent ainsi que lorsque la liturgie est « soignée », on note une « présence significative » de jeunes. Il y a là un lieu pour la première annonce de la foi.

Eglise accueillante pour tous, y compris les jeunes LGBT

Enfin, le document de travail indique que la communauté catholique doit devenir accueillante pour tous (197): migrants, jeunes LGBT qui souhaitent une « plus grande proximité » de l’Eglise, selon des témoignages parvenus au Secrétariat général du synode, ou encore les jeunes « qui décident de constituer des couples homosexuels ».

Annoncé par le pape en 2016, initié en janvier 2017 avec le Document préparatoire, le chemin synodal s’est enrichi d’un questionnaire envoyé aux conférences épiscopales, d’un séminaire international en septembre 2017, ainsi que de la réunion pré-synodale en mars dernier, avec plus de 300 jeunes.

Cath.ch

Visionner l’interview du père Giacomo Costa, secrétaire spécial de ce synode, réalisée par KTO, en cliquant ici.

La convivialité du repas est vitale pour l’équilibre des familles

(Cathobel – 12 novembre 2015 par Jean-Jacques Durré)

La famille possède « une vertu précieuse »: la convivialité. C’est à partir de ce constat que le Saint-Père a développé ce mercredi, lors de l’audience générale, sa réflexion.

Devant des dizaines de milliers de pèlerins rassemblés place Saint-Pierre, le pape François a poursuivi son cycle de catéchèses sur la famille en mettant en exergue l’esprit de convivialité familiale, levain dans des sociétés qui aujourd’hui ne favorisent pas l’accueil, l’inclusion.

Partager les biens de la vie et être heureux de le faire, c’est l’une des caractéristiques propres à la famille: la convivialité, qui se concrétise par le repas pris ensemble. Moment privilégié où l’on se retrouve autour d’une même table, tout comme Jésus avec ses disciples, pour échanger, partager certes un repas mais bien plus que cela: des récits, des émotions, des témoignages d’affection.

Pour le pape, «la convivialité est un thermomètre pour mesurer la santé des rapports: si dans une famille quelque chose ne va pas, s’il y a une blessure cachée, à table on le comprend tout de suite.» Et le Saint-Père insiste: «une famille qui ne mange presque jamais ensemble, où qui à table ne se parle pas mais qui regarde la télévision ou le smartphone est une famille ‘peu familiale’.» Au contraire, si s’exprime la fraternité et si la famille est «nourrie de l’eucharistie», elle s’ouvre à une «convivialité universelle». «Il n’y a pas d’orphelins, de faibles, de personnes blessées, désespérées, abandonnées qui ne puissent être nourris, protégés et accueillis par la convivialité eucharistique de la famille

Mais, déplore le pape, «aujourd’hui, de nombreux contextes sociaux font obstacle à la convivialité familiale.» Il faut trouver le moyen d’y remédier. Et ne pas perdre de vue que la nourriture doit être le symbole d’un juste partage. Or, «dans les pays riches, nous sommes incités à dépenser de l’argent pour une nourriture excessive et ensuite pour remédier à cet excès.» «Cette ‘affaire’ insensée détourne notre attention de la vraie faim, du corps et de l’âme.» «Tant de frères et de sœurs sont exclus de la table, n’est-ce pas honteux?» interroge le Saint-Père qui encourage donc les familles chrétiennes, à travers la convivialité, à abattre les murs et «construire des ponts d’accueil et de charité».

Cyprien Viet (Radio Vatican)

Questionnaire pour le synode des Jeunes 2018: une grande franchise !

En avril dernier, les évêques de Belgique avaient adressé un questionnaire aux jeunes, dans le cadre de la préparation du synode d’octobre 2018 qui leur sera consacré sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Les réponses ont été analysées.

Un document signé par les évêques référendaires pour la pastorale des jeunes, Mgr Patrick Hoogmartens et Mgr Jean Kockerols, livre le condensé des réponses reçues par la Conférence épiscopale belge. Rappelons tout d’abord que ce synode des jeunes se tiendra à Rome en octobre 2018 et rassemblera autour du pape François, des évêques représentant les épiscopats du monde entier, des experts et des invités, parmi lesquels, on imagine, des jeunes. Une rencontre « pré-synodale » à laquelle participeront des jeunes du monde entier aura lieu à Rome du 19 au 24 mars 2018. Dans cette perspective, un questionnaire on line a été proposé par le Vatican, pour les jeunes de 16 à 29 ans. Les évêques belges ont opté pour un questionnaire simplifié, adressé aux jeunes, sur six thématiques, partant de quatre petites citations bibliques, et avec des sous-questions. Ce questionnaire s’adressait aux jeunes de 15 à 30 ans, tant à ceux qui s’affirment croyants qu’à ceux qui s’estiment éloignés de la foi ou en recherche.

Des modèles à suivre
On retiendra d’abord que 607 jeunes francophones et 1123 néerlandophones, ont répondu au questionnaire. Concernant les choix de vie (question 1), les jeunes estiment de façon générale, qu’il est difficile de discerner et de choisir. Les obstacles sont nombreux : peurs, tiraillements, renoncements, manque de confiance, regard des autres et la pression sociale. Les jeunes comptent sur l’avis et l’encouragement des autres, en particulier de la famille et des amis. Une minorité de jeunes cependant prend du recul et consacre vraiment du temps à ce genre de réflexion, voire la vive dans la prière. Certains attendent vraiment des modèles à suivre. En revanche, l’accompagnement spirituel est très peu connu et encore moins pratiqué.
Pour la plupart des jeunes intéressés, le cheminement dans la la foi (question 2) ne peut grandir qu’avec des proches, en groupe (accompagné par une personne compétente), des témoins inspirants et des événements forts (camps, JMJ, pèlerinages). Certains soulignent l’importance des retraites (e.a. de confirmation ou de profession de foi), des liturgies et des homélies significatives, des initiatives paroissiales. Les jeunes disent que discuter de leur foi avec des gens qui ne croient pas ou qui ont une autre foi, leur permet de clarifier ce qui est ancré en eux. D’autres regrettent le peu d’occasions offertes aux jeunes de croître dans la foi, le peu de rencontres pour les jeunes au niveau local, diocésain et interdiocésain. Ils en ont pourtant le désir. Par ailleurs, le lien avec une véritable communauté chrétienne semble modeste dans bien des cas. Les jeunes constatent souvent des communautés « nécrosées », peu rayonnantes. Ils demandent un accueil chaleureux, de la joie, de l’enthousiasme. Il y a un très grand besoin d’écoute sans jugement. Ils attendent que l’Eglise les responsabilise et les appelle pour lui redonner vie et qu’elle aille aussi à la rencontre des « jeunes convertis ».
La découverte de la foi (question 3) constitue une partie où les jeunes répondent avec franchise n’avoir aucune démarche de foi ou de ne pas en avoir fait l’expérience. Ceux qui au contraire se déclarent croyants, renvoient souvent à leur éducation chrétienne en famille, notamment la foi des grands-parents. « Il faut souligner l’impact de moments personnels forts, tels que les funérailles d’un proche, l’expérience du pardon ou de la prière, les difficultés de la vie. Plusieurs soulignent aussi l’expérience d’être aimé de Dieu », soulignent les évêques.

Peu de jeunes vivent un lien « continu » avec l’Eglise (question 4), ou se sentent « reliés » à elle au plan local. Ils n’attendent donc rien d’elle. Le contact se fait par les sacrements, aux moments importants de la vie, en particulier le mariage ou à l’occasion de grandes fêtes comme Noël et Pâques. Pour certains, la messe dominicale est important : l’expérience d’être ému par le crédo, le geste vrai de la paix, le moment où l’on se salue fraternellement. Le lien avec l’Eglise universelle se vit de façon très forte aux grands événements (Taizé, Lourdes, JMJ): ce sont des moments d’unité dans la diversité qui « boostent ». A noter que la figure du pape, et spécialement François, est enthousiasmante pour beaucoup.

A la question 5, « Que veux-tu partager librement avec les évêques? », les membres de la Conférence épiscopale notent qu’une grande diversité se manifeste parmi les réponses positives. On y trouve des interpellations sur la pastorale des jeunes, la liturgie, l’ouverture au monde et la communication, les prêtres, les paroisses, la rencontre avec d’autres religions, la formation chrétienne solide (une besoin de structures et de stabilité), des questions particulières.

De ces réponses, les évêques belges ont établi des réflexions connexes. Ainsi, à propos de la pastorale des jeunes, ils notent « qu’il y a des attentes évidentes d’ordre spirituel chez certains jeunes, et plus qu’on ne le pense ». Les grands rassemblements (Taizé, JMJ etc.) et les temps forts sont de première importance tant pour découvrir la foi que pour faire l’expérience de l’Eglise, même si ensuite l’enracinement de l’expérience dans le quotidien est un vrai défi. Dès lors, les évêques référendaires soulignent le fait que les moments clés où on « passe » à l’église doivent être particulièrement ouverts aux jeunes présents, sans pour autant « brader » le message à transmettre. « De même, l’école, souvent avec sa grande diversité convictionnelle, est un lieu à ‘accompagner’ pour que la question de Dieu puisse y être posée, sans tabous », écrivent-ils dans leur note. Ils remarquent aussi que les jeunes qui se considèrent croyants sont dans la plupart des groupes (écoles, mouvements de jeunesse) en très forte minorité. Ils ont donc du mal à affirmer leurs convictions.

La note des évêques précise qu’en une vingtaine d’années, le nombre d’accompagnateurs de jeunes explicitement chrétiens a fortement décru, en particulier les jeunes prêtres, les vicaires, mais aussi les animateurs sens et foi dans les mouvements de jeunesse. Or, ils étaient les relais indispensables. « Les propositions d’ordre pastoral doivent aujourd’hui trouver place dans une suroffre d’activités, surtout dans les villes, avec la difficulté des jeunes de choisir, a fortiori de s’inscrire dans la durée », constate la note.

Il est également précisé que la dimension vocationnelle est passée un peu à l’arrière-plan de l’enquête. « Le mot même de vocation est assez ambigu: que recouvre-t-il? Elle ne peut être réduite à la prêtrise, à la vie religieuse ou à la vie consacrée. Les jeunes sont d’abord appelés… à la vie. Cela dit, l’éveil vocationnel doit être porté au sein des pastorales de jeunes ».

Enfin, précisons encore que les évêques regrettent que des questions pourtant importantes, ont été oubliées, comme les questions affectives, relationnelles, sexuelles, tant dans la vie que dans l’enseignement de l’Eglise, ou encore l’engagement au service du bien commun (l’aspect diaconal).

En conclusion, les évêques remercient les jeunes pour leur participation et leur franchise et disent prier « pour que le synode d’octobre 2018 soit fructueux pour la pastorale des jeunes de notre pays ».

CATHOBEL 6 décembre 2017 par Jean-Jacques Durré